Europlasma avenir face à ses dettes : point de non-retour atteint ?

La dette ne s’efface pas d’un trait de plume. Le 21 mars 2024, Europlasma a publié un passif consolidé atteignant 99,7 millions d’euros. Des capitaux propres dans le rouge,,64,1 millions. L’assemblée générale convoquée à la hâte n’a pas validé l’augmentation de capital que tout le monde attendait. Face à l’urgence, le conseil d’administration a levé le voile : la société ne peut plus honorer ses échéances immédiates.

À ce stade, la direction doit trancher vite. Trois options sur la table : vendre des actifs à marche forcée, ouvrir une procédure collective, ou tenter de négocier un plan de sauvegarde avec les créanciers. Ceux-ci, pour l’essentiel anglo-saxons, n’ont donné aucune assurance de soutien pour l’instant.

Europlasma face à l’urgence financière : état des lieux et signaux d’alerte

La tension monte autour d’Europlasma. Après avoir repris la Fonderie de Bretagne (FDB) à Caudan, l’entreprise s’est retrouvée, seule, à piloter une structure déjà fragilisée. Sur trois ans, 15 millions d’euros ont été investis, dont 14,5 millions déjà injectés, sans aucun appui de fonds publics. Une charge lourde à porter, sans retour sur investissement immédiat. Puis, l’incendie du four le 20 janvier 2026 a mis un coup d’arrêt brutal à la production. Les pertes opérationnelles se sont creusées. La trésorerie s’est retrouvée sous pression, chaque jour plus critique.

Europlasma a choisi de maintenir 266 emplois sur 286, sans imposer de départs. Le signal est clair : défendre l’emploi industriel breton. Mais l’équilibre financier est de plus en plus précaire, l’ambition sociale se heurtant au mur des comptes. La productivité industrielle française, déjà mise à mal, la Banque de France relève une chute durable de 4,3 points dans les secteurs marchands fin 2024, n’offre pas de répit.

Sous la houlette de Jérôme Garnache-Creuillot, la direction avance sans certitude. Les obligations convertibles en actions restent la principale source de financement, mais le marché attend des gages. La CGT multiplie les questions sur la stratégie, alors que la tension sociale s’installe à FDB. Les créanciers s’impatientent, le tribunal de commerce de Rennes surveille le dossier de près.

Pour mieux cerner les enjeux, voici les principaux signaux qui agitent la situation :

  • Europlasma finance seul FDB : aucun financement public à l’horizon.
  • Incendie du four : arrêt total de la production, impact frontal sur la trésorerie.
  • Pression sociale et financière : la société avance sur une ligne de crête, entre défiance syndicale et vigilance judiciaire.

Jeune femme professionnelle dans une rue urbaine calme

Scénarios possibles : entre restructuration, reprise ou liquidation, quelles perspectives pour l’avenir ?

La pression ne faiblit pas sur Europlasma, tandis que la Fonderie de Bretagne (FDB) se retrouve à un carrefour décisif. Trois trajectoires se détachent clairement.

Premier chemin : la restructuration financière. La direction pourrait négocier un étalement de la dette, rationaliser davantage les coûts et activer de nouvelles sources de financement. Une étape incontournable pour tenter de préserver l’outil industriel et les emplois, tout en rassurant créanciers et clients. Pourtant, la confiance reste ébréchée : la rentabilité n’a pas encore été démontrée.

Autre possibilité : l’arrivée d’un nouvel acteur industriel ou financier. Le renforcement des dépenses militaires européennes grâce au plan Rearm EU et au fonds SAFE ouvre des perspectives inédites. Les besoins en production de corps d’obus explosent, portés par des commandes publiques susceptibles de sauver la fonderie.

Quelques points clés pour mieux comprendre ce scénario :

  • Europlasma vise la production de 250 000 corps d’obus dès 2025, avec l’espoir de doubler ce chiffre en 2026.
  • La collaboration avec Forges de Tarbes et Valdunes Industries renforce la chaîne de valeur industrielle.

Mais l’absence de soutien financier direct laisse planer le doute sur la capacité de la société à tenir. La Commission européenne pousse à la consolidation du secteur, mais les logiques industrielles et financières ne s’accordent pas toujours.

Dernier scénario sur la table : la liquidation. Si l’argent ne rentre pas, si la confiance se délite, le tribunal de commerce de Rennes pourrait décider de mettre un terme à l’aventure. Une issue redoutée, qui créerait un vide industriel dans le Morbihan et donnerait un signal sombre à la filière défense française.

Europlasma, aujourd’hui, marche sur un fil. Le prochain pas pourrait décider de la survie ou de la disparition d’un acteur clé de l’industrie hexagonale.

Ne ratez rien de l'actu